Maroc : la journaliste Hajar Raissouni arrêtée pour “avortement illégal” et “relations sexuelles hors mariage”

Ce samedi 31 août, la journaliste Hajar Raissouni a été arrêtée par la police marocaine avec son fiancé. Accusée de “relations sexuelles hors mariage” et d'”avortement illégal”, elle risquerait jusqu’à deux ans de prison.

Vague d’indignation au Maroc après l’arrestation d’une jeune journaliste. Alors qu’elle sortait d’un rendez-vous gynécologique, le 30 août dernier à Rabat, Hajar Raissouni a été arrêtée avec son fiancé, un universitaire soudanais.

Détenue depuis 7 jours, en attendant son procès prévu lundi prochain, elle est accusée de “relations sexuelles hors mariage” et d'”avortement illégal”, d’après les informations de l’AFP. Elle risquerait jusqu’à deux ans de prison.

Scandale national

Son avocat, Maître Saad Sahli, dément les accusations. Il affirme que sa cliente a été soignée pour une hémorragie interne, et qu’elle est mariée religieusement à son conjoint. L’affaire a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse nationale marocaine. Plusieurs associations dénoncent une “atteinte aux libertés individuelles”.

Me Saad Sahli a par ailleurs indiqué que l’équipe médicale l’ayant prise en charge a également été arrêtée, pour “débauche, avortement et participation à l’avortement”.

Machination politique ? 
Pour l’employeur de la jeune femme, le quotidien arabophone indépendant Akhbar Al-Yaoum, cette affaire a tout d’une “diffamation malveillante”. Le numéro du 4 septembre contient un bulletin de consultation médicale attestant de l’absence d’avortement.

Le site Desk dénonce un usage de la vie privée à des fins de “sombres règlements de compte politiques”. Selon le quotidien Yabiladi, “le dossier ne contient aucune preuve matérielle concrète de l’accusation d’avortement”.

Pour Akhbar Al-Yaoum, l’arrestation de Hajar Raissouni serait avant tout d’une nouvelle tentative de déstabiliser le journal. Son directeur, Touafik Bouachrine, avait été condamné à 12 ans de prison ferme pour des agressions sexuelles en novembre 2018. Des faits qu’il a toujours niés.

La vidéo du jour :

Sa condamnation avait été dénoncée par le journal comme une machination du gouvernement marocain. Les Nations unies appellent à sa libération immédiate, dénonçant une détention “arbitraire” et un “harcèlement judiciaire”, comme le rappelle Le Figaro. Son procès en appel est en cours, et il est également poursuivi pour diffamation et “fausses informations”.

Dans un communiqué publié ce jeudi 5 septembre, le procureur du roi auprès du tribunal de première instance de Rabat, Abdeslam Imani, a pourtant assuré que cette arrestation “n’a pas de rapport avec sa profession.”

Une vague de soutien 
Sur Facebook et Twitter, les mots-dièses #LiberezHajarRaissouni et #SoutienHajarRaissouni ont vu le jour. Différents mouvements militants, comme les féministes du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), ont aussi publiquement soutenu la jeune femme.

L’avortement est illégal au Maroc

Au Maroc, l’avortement est illégal, sauf en cas de danger pour la santé ou la vie de la mère. L’IVG y est passible de six mois à cinq ans de prison. Toute relation sexuelle hors mariage est sanctionnée d’un mois à un an de prison.

Depuis les États-Unis, Moulay Hicham le cousin du roi du Maroc Mohammed VI a estimé que cette affaire est une “violation du droit constitutionnel” : “La situation de Hajar et d’autres situations nous font tous demander : où se dirige notre pays le Maroc ?”

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