Les jeunes à l’assaut des mairies et du parlement

A six mois des élections législatives et municipales, la jeunesse camerounaise se mobilise pour aller à l’assaut des mairies et de l’Assemblée nationale.

La société camerounaise est essentiellement jeune. Ces jeunes sont toujours au centre du discours politique depuis des décennies : « Fer de lance de la nation », « l’espoir du futur » ou « futurs dirigeants ». Les hommes politiques ne manquent pas d’éloges lorsqu’il faut séduire cette catégorieimportante de l’électorat. Pourtant ces millions de jeunes, donc les moins de 25 ans représentent 64% et vivent dans le chômage. Jusqu’ici, ceux qui ont essayé une aventure politique ont été victimes d’une sorte de paternalisme, des blâmes de toutes sortes de leurs parents qui les rappellent que leur place est à l’école. Ils ont été aussi victimes d’intimidation de la part de certains dirigeants avides de pouvoir, mais surtout de manipulation car les jeunes vivant dans la précarité sont facilement manipulables avec d’importantes sommes d’argent ou des fallacieuses promesses de nomination. Certains se sont retrouvés à militer au sein du parti au pouvoir juste pour bénéficier d’un emploi ou conserver celui qu’ilsoccupent déjà.

La démocratie camerounaise est en construction. Peut-elle se faire sans une véritable participation des jeunes à la politique ? La réponse est certainement non. Conscients de leur poids démocratique et de l’importance de leur participation dans la gestion et la prise de décision, la jeunesse camerounaise commence à s’intéresser à la politique.

 

Depuis l’exploit du jeune candidat Cabral Libii à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun, un vent politique nouveau souffle sur le Cameroun. Ils ont 25, 30 ou 40 ans pour la plupart, déterminés et ambitieux, ils ont renoué avec le champ politique qui était jusqu’ici la chasse gardée d’une élite aux affaires depuis plusieurs décennies.  Dans les différentes formations politiques comme le PRCN de Cabral Libii, le PURS de Serge Espoir Matomba, du MRC de Maurice Kamto et même au sein du parti au pourvoir le RDPC, ces jeunes sont en première ligne sur le terrain comme dans les réseaux sociaux ils débattent sur la politique au sein de nombreux groupes crées à cet effet. Ils utilisent tous les moyens numériques pour se faire connaître et faire entendre leurs idées. Ils se comptent par centaines ceux qui ont déjà déclaré leur candidature et dévoilé leur programme. Indépendamment de leur appartenance politique, ils se soutiennent et se motivent mutuellement avec pour objectif ultime briguer un mandat de conseiller municipal ou de député lors des prochaines élections locales.

Cette nouvelle génération de politiciens s’engage dans un contexte difficile :Manque de moyens financiers, répression policière, menaces des autorités et de certains parents, arrestations et emprisonnements arbitraireset diverses intimidations. A cela, il faut ajouter le caractère fragile de la démocratie camerounaise avec une dégradation constante des droits de l’homme, des libertés d’expression et de manifestation. L’arrestation et l’emprisonnement des leaders de l’opposition ainsi qu’une centaine de manifestants du MRC rendent l’atmosphère politique de plus en plus tendue. Lorsqu’on ajoute la crise sécuritaire dans les régions anglophones, l’engagement politique dans un tel contexte devient une entreprise risquée pour les jeunes dont la plus part est au chômage et peine à joindre les deux bouts. Pire encore, le système de démobilisation de l’opposition mis en place depuis 37 ans par Paul Biya ne facilite pas l’émergence des leaders politiques sans oublier les grandes manœuvres decertaines élites. Le manque de transparence lors des élections et la corruption ambiante ont fini par désintéresser les citoyens de la chose politique laissant le champ libre à la démagogie d’une classe politique vieillissante.

Mais ces nouveaux visages (jeunes) de la politique camerounaise comptent affronter toutes les difficultés et convaincre par leur discours et leur façon de faire. Ils tranchent avec le traditionnel costume-cravate de la classe politique. Doté d’une attitude décomplexée et agissant avec proximité, franchise et simplicité, leur projet constitue un défi adressé à la classe politique et même à la société entière du fait de son aspect pragmatique puisqu’il allie le discours et l’action.  En ville comme en campagne, ils s’organisent en groupe, s’entraident, ils ont compris la force du collectif.

 

Depuis le triomphe du Chairman du SDF Ni John Fru Ndi en 1990, il aura fallu attendre près de 30 ans pour voir le peuple camerounais et plus particulièrement la jeunesse se remobiliser autour des candidats à une élection présidentielle. La dynamique impulsée par Cabral Libii avec la création de l’opération « 11 millions d’inscrits sur les listes électorales », puis « Mouvement 11 millions de citoyens » aconstitué le point de départ de cette réappropriation du champ politique par les jeunes. De nombreux observateurs et analystes politiques s’accordent sur le fait que Cabral Libii a redonné espoir aux jeunes qui étaient en quête d’un leader. Ce dernier sillonne les villes et villages du Cameroun à la rencontre des populations pour les convaincrede s’inscrire d’abord sur les listes électorales, conditions sine qua non, pour gagner une élection au Cameroun et ensuite encourage les candidatures jeunes indépendamment de leurs chapelles politiques. Aujourd’hui, avec l’opération 100 députés au parlement et 200 mairies, beaucoup de jeunes se mobilisent pour démystifier le jeu politique. Même si le code électoral camerounais comporte encore des insuffisances, Christian Njock souhaite briguer le mandat de député à Douala à l’extrême-nord Youssoufa Assana veut briguer la mairie de Pitoa, dans le département des Bamboutos Olivier Atimbop conduira une liste aux législatives pour ne citer que ceux là.

 

Au regard de l’engouement observé, on peut donc imaginer qu’apartir de 2020, l’Assemblée nationale du Cameroun et les mairies auront de nouveaux visages.La voix des jeunes et leur engagement étant fondamental dans le processus démocratique du pays, peut-on dire que le Cameroun est entrain de faire un véritable bon vers une démocratie moderne? Les prochaines élections locales nous le diront certainement.

 

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