COTE D’IVOIRE : VERS UNE COALITION GBAGBO, BEDIE ET SORO

Beaucoup de signes montrent que les deux précédents chefs d’États ivoiriens Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et l’ancien président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne Guillaume Soro, sont sur le point de faire une coalition afin de reproduire la configuration de 2011 qui avait permis au Président Ouattara de gagner au second tour.

Encore les mêmes acteurs !

Le temps semble être le seul maitre à bord sur le destin de la Côte d’Ivoire. Alors qu’on se rappelle encore de la crise post électorale de 2011 comme si c’était hier, alors qu’on pensait que certains acteurs de cette crise comme l’ancien président Laurent Gbagbo et son ancien ministre de la jeunesse Charles Blé Goudé étaient totalement écarté du jeu politique ivoirien, voilà que le temps nous ramène huit ans plus tard sur la même configuration politique à quelques exceptions près. Les mêmes acteurs dans le même contexte : Une élection présidentielle sur font de réconciliation nationale.

Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Konan Bédié, Guillaume Soro et Hamed Bakayoko pour ne citer que ceux là vont une fois de plus confronter leurs arguments pour convaincre les ivoiriens d’aller aux urnes pour choisir un président. Viendra t-il du FPI, du RHDP ou du PDCI ? Y a t-il un risque de retour à la case départ ? Certainement non ! Même si les cœurs sont encore blessés et les conséquences visibles, les ivoiriens retrouvent le vivre ensemble et la joie de vivre qui les caractérisent.

La configuration de 2011 est sur le point de se reproduire au second tour de l’élection mais dans un sens inverse. On se souvient qu’au deuxième tour Konan Bédié avait décidé de se rattacher à Ouattara et Guillaume Soro face à la contestation des résultats avait accepté de lâcher miraculeusement Gbagbo pour le camp Ouattara.

Mais huit ans plus tard, les anciens alliés d’hier ne sont pas parvenus à conserver leur alliance. Le PDCI de Konan Bédié et le RHDP du président Ouattara sont en rupture. Le soutien de poids Guillaume Soro a aussi claqué la porte. Seul quelques barons du PDCI acceptent de continuer l’aventure mais pour combien de temps encore ? Et comme on dit en politique tout est possible le « traitre d’hier » serait sur le point de rencontrer celui qu’il avait lâché en pleine crise. Certainement au nom de la réconciliation Laurent Gbagbo serait prêt à pardonner tout ! Dans ce jeux d’alliance passé et futur, Konan Bédié apparaît comme le « faiseur de roi » capable de faire basculer son électorat dans la bonne du direction du vent puisqu’à l’évidence l’homme du centre de la Côte d’ivoire sait qu’il est pratiquement impossible pour celui qui est au pouvoir de gagner au second tour si une partie du Centre, de l’Est, du Sud, du Nord et de un peu de l’Ouest ne le soutient pas. C’est donc le scénario le plus probable pour le président sortant si jamais il se présente à la présidentielle de 2020.

Le bilan de Ouattara peut-il sauver son camp ?

Les ivoiriens ne sont pas unanimes sur le bilan du président sortant et ne sont peu être pas prêt dans lui faire confiance pour un troisième mandat. De son côte ADO n’est pas encore très clair sur sa position en 2020. Même s’il a à plusieurs reprises dit qu’il fallait laisser la place à une génération plus jeune afin d’être dans la même lancée que d’autres pays. Économiquement, les huit années du président Ouattara sont globalement positives même si le panier de la ménagère tarde encore à ressentir les effets des grandes avancées économiques, le pays connais depuis un certains temps de grands travaux et de grandes reformes qui place la Côte d’Ivoire parmi les pays à forte croissance. Fier de ce bilan et conscient du contexte mondial du rajeunissement de la classe politique en France, en Autriche et dans plusieurs pays, le président Ouattara a laissé entendre qu’il ne se présentera pas à la présidentielle de 2020. Mais ces multiples déclamations n’ont pas réussi à convaincre les analystes politiques et une majeure partie des ivoiriens. ADO comme on l’appelle observe attentivement le jeu politique et peut à tout moment changer d’avis. Surtout après le départ de son principal allié Guillaume Soro dont le soutien lui avait permis de consolider son pouvoir pendant la crise et plus encore la rupture très controversé avec le PDCI de Henri Konan Bédié. ADO est-il de plus en plus isolé ? Certainement pas. Il a d’autres stratégies puisque certains baron du PDC ont choisi de rester avec lui en plus il est entouré des personnalités présidentiables comme son premier ministre Daniel Cablan Dancun ou encore Hamed Bakayoko qui sont tous deux de potentiels candidats.

Une coalition difficile mais envisageable surtout au second tour.

« Cette coalition serait difficile » affirme une de nos sources en Côte d’ivoire. Bédie se trouve entre les deux comme une sorte de médiateur puisqu’il parle avec les deux leaders. Il a réussit à rencontrer Laurent Gbagbo et échange fréquemment avec Guillaume Soro. Dans une interview accordée au journal français Le Monde, il a laissé entendre que chaque parti pourra présenter son candidat au premier tour et coaliser au second. Et en plus, Soro semble faire les yeux doux à Bédié puisque celui-ci n’a pas encore un appareil politique à part le comité politique qu’il a crée après sa démission de l’Assemblée nationale et qui avait pour but de réfléchir à des stratégies pour sa candidature. Gbagbo qui a été trahit par Soro acceptera difficilement de renouer avec un « traître » mais en politique tout est possible. Les trois hommes peuvent s’inspirer du scénario de 2002 ou l’opposition s’était unie pour battre le parti au pouvoir. Certes beaucoup d’ivoiriens que nous avons interrogés restent septiques, d’autres pensent qu’une telle coalition serait le symbole d’une réconciliation.

Même si la voix de Laurent Gbagbo compte toujours en Côte d’Ivoire, son parti le FPI est affaiblit par des querelles internes.  Affi Nguessan ne fait pas l’unanimité, Simon et Laurent Gbagbo semblent ne plus être sur la même ligne de défense. La ligne de Bédie et Soro semble claire. Le premier est suit le schéma politique de 2000: s’associer pour battre celui qui est en pouvoir et le second est déjà en campagne et compte sur son poids politique pour influencer le FPI et le PDCI visiblement affaiblit il leur faudra un candidat de poids mais au fond les trois sont tous anti RHDP. Bédié devra affronter les grands cadres de son parti au Centre, renforcé par la présence de Soro qui contrôle en même temps le Nord, et le FPI à l’Est. Il restera à Ouattara et ses alliés une partie du Centre et de l’Ouest ou il peut compter sur le soutien de l’UDPCI de Mabri Toikeuse.

Les dauphins peuvent-il faire le poids face à la coalition ?

Tout compte fait, la coalition aura du fer à retordre si elle a en face le président sortant Ouattara qui a encore des alliés de poids comme les baron du PDCI et l’UDPDCI de Mabri Toikeuse. Mais ses dauphins et potentiels candidats peuvent-ils faire le poids ? Dans le camps du RHDP certaines figurent font office de candidats potentiels on peut citer Hamed Bakayoko, Daniel Cablan Duncan actuel premier ministre ou encore le président du Sénat Ahoussou Jeannot. En somme, la ligne de Soro Guillaume est claire, car il affirmé qu’il laisse le tabouret pour le fauteuil. Celle de Bédié aussi qui est sur le même schéma de 2010, la libération de Gbagbo donne un peu de souffle et de clarté au FPI. Seule incertitude la candidature du RHPD qui n’est pas encore claire dans les esprits des ivoiriens. De toute évidence, l’élection ivoirienne s’annonce passionnante avec un Alassane Ouattara qui pensait avoir fait basculer les puissants cadres du Pdci et les autres partis de son camp dans l’espoir de gagner. Il devra choisir un dauphin véritablement présidentiable et le mettre en avant à quinze mois du 31 octobre 2020. Vivement que cela se passe dans une belle ambiance démocratique et dans la paix, tel est le souhait des millions d’ivoiriens et des amis de la Côte d’Ivoire.

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