HASSEN FÉRHANI: UN CINÉASTE POÉTIQUE ET ENGAGÉ

HASSEN FERAHNI, UN CINÉASTE “COMPLET”

 Certains l’on découvert le soir du samedi 17 août 2019 à la prestigieuse cérémonie de clôture du festival suisse de Locarno. Un peu timide dans l’attitude comme d’habitude mais rassurant dans le discours, le jeune cinéaste algérien reçoit le léopard d’argent du cinéaste émergent. Avant cette distinction, il traine un parcours qui fait de lui un cinéaste accompli.

Un cinéaste poétique et engagé

 Ses paroles sont rythmées comme les images et les sons de ses films, il dégage une humanité, une proximité qui nous donne toujours l’impression de le connaître depuis des années. Et pourtant, c’est bien la première fois que Tara Magazine échange avec Hassen Ferhani sur une terrasse populaire de Marseille. Comme dans ses habitudes, il aime rester là où il y a le peuple, des lieux qui raisonnent comme des sources d’inspiration et de création pour le réalisateur. Lui qui a grandi à Kouba un quartier populaire d’Alger où intellectuels, ouvriers et chômeurs cohabitent, il cerne mieux le sens de la vie, de l’affection et l’amour entre les hommes. Rien de surprenant donc si depuis le début de sa carrière il consacre beaucoup de ses films aux hommes et femmes de son pays, l’Algérie.

Afric hôtel, un film de Hassen Férhani et Nabil Djedouani

Les films d’Hassen nous plongent dans des tranches de vie, des moments de partage avec ses personnages. Sa démarche filmique révèle toute l’humanité qui se cache derrière chaque personnage en éloignant de nous toute idée de souffrance, de tragédie ou de douleur. Bref, Hassen Ferhani a un regard singulier qui présente et questionne les souffrances humaines avec une bonne dose de poésie. Le cinéaste parvient à transformer les contextes et les situations difficiles en une sorte de romance comme dans Afric hôtel. L’ascenseur étroit dans lequel travaille Brahim apparaît comme un lieu de passage où se tissent des liens, l’atelier de cordonnerie d’Adam nous dévoile un autre rapport au travail et la dureté des travaux dans le bâtiment se dissimule derrière le sourire d’Ismaïl. Les trois migrants sub-sahariens qui vivent à Alger depuis de nombreuses années nous entrainent dans leur réalités douces et amères mais apparaissent avant tout comme des humains en quête de bien-être.

Cette poésie se confirme d’avantage avec Dans ma tête un rond point, où métaphore, figures de style et symboles nous éloigne de l’horreur et de la violence quotidienne que subissent les animaux dans le plus grand abattoir d’Alger. L’abattoir n’est plus perçu comme tel, les personnages parlent des sujets quotidiens comme le football, ils partagent leurs rêves et espoirs. Il y a dans ce film, de la vie et des suggestions fortes mais subtiles qui deviennent finalement des intentions politiques. L’oiseau migrateur qui a quitté l’Europe pour se retrouver en Algérie attend désormais que Amou l’un des personnages du film le libère une fois qu’il se sera mieux adapté aux réalités locales. Il faudra maintenant qu’il ait ses papiers pour être reconnu comme algérien. Le chemin inverse que l’oiseau migrateur a effectué en quittant de l’Europe pour l’Afrique pour se retrouver en situation irrégulière en Algérie est un peu ironique et futuriste sur les mouvements migratoires. C’est également un discours un peu philosophique qui en dit long sur l’engagement politique du cinéaste, lui qui a pris activement part aux marches populaires à plusieurs reprises pour dénoncer le système politique du président déchu Bouteflika.

Un cinéaste polyvalent aux multiples qualités humaines

 Hassen Ferhani sait construire et entretenir une relation humaine. La preuve, les personnes qu’il a rencontrées depuis ses débuts au ciné club chrysalide en 2003, sont aujourd’hui des véritables amis et collaborateurs. Ses proches et collaborateurs ne tarissent pas d’éloges pour le décrire : Aventurier, volontaire et téméraire, celui porte désormais l’image du cinéma algérien partout ou il passe est un cinéaste polyvalent qui s’est donné avec amour et passion à tous les métiers du 7ème art.

Cadreur, acteur, directeur de production, monteur, scénariste, il est exerce chaque pan de son métier avec professionnalisme car pour lui quand il s’agit du cinéma il répond toujours présent. La simplicité qui le caractérise fait de lui un homme toujours prêt à s’engager. Les premiers cours de cinéma dans une école en bonne et due forme arrivent à l’été 2008 quand il est accepté à la Femis d’été à Paris. “C’était extraordinaire, les participants venaient du monde entier, chacun avec ses références, et nous avions un open-bar de films à notre disposition”, commente l’ancien élève avec sa verve. Mais plus à l’aise un appareil dans la main qu’un stylo entre les doigts, l’apprenti progresse avec la pratique. “Véritable aventurier”, décrit sa productrice Narimane Mari, il s’essaie à tous les métiers: assistant-réal, cadreur, électro, régisseur… De l’image au son, des lumières à la direction, il assiste de grands noms contemporains du cinéma algérien comme Lyès Salem et Malek Bensmaïl sans jamais hésiter à explorer de nouveaux territoires en travaillant avec le plasticien Kader Attia ou encore le photographe Bruno Hadjih.

Ce n’est pas non plus le succès de son dernier film 142 rue du désert qui va changer ses habitudes. Hassen reste fidèle à ses qualités humaines. Sa grande capacité d’écoute, sa simplicité sont autant d’atouts qui alimentent la clarté de son propos dans ses films dont le plus récent 143 rue du désert confirme une fois de plus la vision du cinéaste. Cette fois c’est Malika qui vit seule au milieu du désert. Elle tient un restaurant. Deux plats : omelette ou omelette tomate. Ce lieu apparemment absent du monde raconte pourtant un pays dans son âme. Les rencontres sont comme des apparitions et les vents de sables et les silences disent tout autant que les drames et les rêves de ceux qui s’arrêtent là, pour une cigarette, un thé, pour parler ou se taire. Malika semble avoir récolté ces récits dans son corps. “Hier, un abattoir ouvrait un monde au cœur d’Alger Dans ma tête un rond-point, aujourd’hui, la tenancière d’une petite échoppe en plein Sahara offre un havre de paix, si ce n’est une oasis, tant le sable efface jusqu’aux couleurs de ce documentaire Western. Huis-clos, poste d’observation ou scène de théâtre : fécondité évidente d’idées, Ferhani, malgré son grand talent, ne semble jamais satisfait, toujours prêt, au contraire, à conquérir l’inattendu.

Tara Magazine

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *