EUROPE-AFRIQUE : CETTE DIASPORA QUI SE SACRIFIE POUR FAIRE VIVRE LEUR FAMILLE EN AFRIQUE.

La majorité des africains de la diaspora travaille pour soutenir leurs familles restées au pays. Une volonté humaniste qui à long terme installe une relation matérialiste vidée de toute affection et amour.

Ils sont chauffeurs de taxi, ouvriers d’usine, agents de sécurité ou infirmiers immigrés qui travaillent dur pour rapatrier une partie de leur revenu en Afrique. Pour certains c’est l’honneur qu’il faut défendre à tout prix et pour d’autres c’est une nécessité vitale. Les africains qui ont risqué leur vie en effectuant la dangereuse traversée vers l’Europe, ceux-là n’ont qu’un seul objectif : montrer à leurs familles restées sur le continent qu’ils gagnent désormais bien leur vie. L’image en vaut la peine au regard des sacrifices parfois consentis au sein de la famille, de la pression du voisinage qui scrute les tablettes et smartphones que le mari ou le frère envoie à sa famille. D’autres se sacrifient délibérément, en acceptant de vivre dans des mauvaises conditions en Europe pour arriver à subvenir aux besoins de la famille en Afrique. C’est le cas de Coulibaly que nous avons rencontré à Valence en Espagne. Il a 65 ans dont 40 ans passés en Espagne où il a toujours travaillé comme agent de sécurité. Il vit dans un appartement collectif de 15 personnes avec un lit d’une place pour lequel il paye environ 75 euros tous les mois. Son repas dépasse à peine 5 euros par jour et parfois, il préfère aller manger au foyer des migrants où les repas sont servis gratuitement. Coulibaly gagne environ 1500 euros par mois, hormis sa chambre de 75 euros et son repas qui ne dépasse pas 200 euros par mois, le reste d’argent il envoie à sa femme Fatima qui prend soin de ses 5 enfants, de ses cousins, frères et parents. En 40 ans, il a réussi à se construire une grande villa à Bamako où sa femme, ses frères et parents habitent. Ils mènent une vie bien plus aisée à Bamako que celle de Coulibaly à Valence. Aujourd’hui, il s’apprête à quitter l’Espagne pour rentrer au Mali profiter des dernières années qui lui restent à vivre avec le sentiment d’avoir permis à sa famille de sortir de la misère. Seulement, pour leur faire plaisir, Coulibaly n’a rien dit des conditions difficiles dans lesquelles il vit depuis 40 ans

À Bamako, Ada est amie et voisine de sa femme Fatima. Ada regarde avec beaucoup d’envie les cadeaux que Coulibaly envoie chaque mois à sa femme Fatima. Elle voudrait être à sa place. Mais seulement son frère Bakary qui est parti en France depuis deux ans n’arrive pas à lui envoyer de l’argent et des cadeaux. Nous avons rencontré Bakary à Paris ce dernier a à plusieurs reprises fait comprendre à sa sœur qu’il ne vit pas comme il croit au Pays mais en vain ! Mais Ada ne veut reine comprendre, elle veut être comme ses voisins qui reçoivent des cadeaux venus d’Europe. Bakary sait que la famille s’est beaucoup sacrifiée pour qu’il voyage et qu’elle attend beaucoup de lui en retour ce qu’Ada n’oublies pas souvent de lui rappeler. Bakary pourra t-il encore tenir longtemps face à la pression de sa sœur et de sa famille ?

De l’autre côte en Allemagne, Serge est d’origine camerounaise. Il travaille comme infirmier dans un hôpital. Sa famille l’appelle tous les jours pour qu’il leur envoie de l’argent. Personne ne lui demande plus de nouvelles. (Est-ce qu’il est en bonne santé ? comment va sa petite famille ? S’il a mangé ? Est-ce qu’ils dorment bien !). Malgré le fait qu’il ait la possibilité d’aider sa famille, leur attitude le gène énormément car pour lui, sa famille devrait au moins manifester un peu d’amour.

Comme Coulibaly, Bakary et Serge, des milliers d’africains d’Algérie en passant par le Maroc, la Tunisie, la Côté d’ivoire, le Sénégal, la Guinée Conakry ou le Burkina Faso se trouvent aussi dans cette situation. Une fois arrivés en Europe, l’unique rapport qu’ils entretiennent avec leur famille est financier. Leur voyage est perçu comme un investissement pour la famille qui attend en retour. Choix ou modes de vie, pressions familiales ou volontés personnelles, habitudes culturelles ou extrême précarité, difficile de qualifier et classifier le phénomène tant il est en même tant critiquable et économiquement utile à plus d’un titre. Seulement, la relation matérialiste qui s’est installée entre la diaspora et leurs familles ne peut que nourrir d’avantage l’imaginaire africain d’un paradis européen ou l’argent semble facile à gagner. Comme l’a dit l’écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diomé, « on a envie d’aider nos familles mais seulement on a aussi besoin de leur amour, le pauvre ne doit pas penser que lui seul a les problèmes, on peut avoir de l’argent et avoir aussi des problèmes ».

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