COTE D’IVOIRE : GUILLAUME SORO, CONFINE A PARIS, CONDAMNE A ABIDJAN

Ancien allié devenu rival de l’actuel président Alassane Ouattara, Guillaume Soro a été condamné in absentia à vingt ans de prison par un tribunal d’Abidjan, malgré le jugement de la Cour africaine des droits de l’homme qui avait demandé de surseoir aux poursuites contre l’opposant.

C’est une villa luxueuse, au bord de la lagune Ebrié, dans un quartier résidentiel d’Abidjan. Le genre d’immense bâtisse au jardin arboré, planquée derrière de très hauts murs d’enceinte, trop imposante pour être discrète. Pour son acquisition en 2007, alors qu’il était Premier ministre, l’ex-chef de la rébellion Guillaume Soro a été condamné mardi par le tribunal correctionnel d’Abidjan à vingt ans d’emprisonnement ferme et 4,5 milliards de francs CFA d’amende (près de 7 millions d’euros). Il a été reconnu coupable de «recel de détournement de deniers publics» et «blanchiment de capitaux». Le tribunal a estimé que la villa avait été achetée frauduleusement avec de l’argent provenant du Trésor public.

Candidat à la présidentielle d’octobre 2020, Guillaume Soro se voit aussi privé de ses droits civiques pendant cinq ans et un nouveau mandat d’arrêt a été émis à son encontre. Mais à sept mois de l’échéance, l’intéressé a immédiatement indiqué qu’il ne se désisterait pas. «Je demande à tous mes partisans de demeurer mobilisés […]. Notre victoire ne fait aucun doute. Nous gagnerons la prochaine élection présidentielle, c’est une certitude», a réagi dès mardi soir l’ancien allié du président Alassane Ouattara, devenu un de ses plus farouches opposants.

«Ce procès n’est rien d’autre que politique. […] monsieur Ouattara utilise la justice pour écarter tous ceux qui pourraient constituer un obstacle à la victoire de son poulain, [l’actuel Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, ndlr]», a dénoncé de son côté sur les ondes de Radio France International (RFI), Moussa Touré, conseiller en communication de Guillaume Soro, qui voit dans ce procès «une tentative d’assassinat politique ciblée, claire et évidente».

Largesse de Gbagbo

Selon les partisans de Soro, le fond du dossier serait la preuve de l’opportunisme des autorités : «Monsieur Laurent Gbagbo, président de la Côte-d’Ivoire à l’époque, a offert à Guillaume Soro et à d’autres personnalités politiques, des maisons pour compenser les dommages subis pendant la guerre», rappelle encore Moussa Touré.

Le procès de Soro s’est tenu en son absence. L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne se trouve en France. Une tentative pour rentrer dans son pays fin 2019, ayant tourné court quand il a appris, en plein vol, qu’il risquait d’être arrêté à son arrivée.

Le jour même, le régime en place rendait d’ailleurs public un mandat d’arrêt international contre cet ancien allié en rupture de ban qui avait annoncé, deux mois plus tôt, son intention de se présenter à la prochaine présidentielle.

Cette audience s’est aussi tenue en l’absence de ses avocats qui ont choisi de boycotter les débats pour dénoncer «une mascarade judiciaire». A leurs yeux, la Côte-d’Ivoire foule aux pieds ses engagements internationaux en ne suspendant pas les procédures judiciaires en cours. Ils s’appuient sur le jugement prononcé le 22 avril par la Cour africaine des droits de l’homme qui a ordonné dans un premier temps à la Côte d’Ivoire de suspendre son mandat d’arrêt contre Guillaume Soro, avant de se prononcer sur le fond en juin.

Fièvre et fidèles

«La Côte-d’Ivoire a violé cet arrêt en maintenant la tenue de ce procès», renchérit Habib Sanogo, proche conseiller de Soro, installé lui aussi en France. «Les procédures engagées par la justice ivoirienne restent en cours», a sobrement réagi le gouvernement ivoirien, refusant de commenter le verdict de la justice. Or, d’autres procès visant des fidèles de Soro pourraient suivre, pour «tentative d’atteinte à l’autorité de l’Etat».

Basée à Arusha, en Tanzanie, la Cour africaine des droits de l’homme a d’ailleurs également ordonné de surseoir à l’exécution des mandats de dépôt contre 19 partisans de Soro et exigé leur remise en «liberté provisoire». Deux de ses frères, des députés et d’anciens ministres sont en effet incarcérés dans des prisons ivoiriennes depuis fin décembre.

Réagissant mercredi soir aux demandes de la Cour, la Côte d’Ivoire a annoncé qu’elle ne permettra plus aux individus et aux organisations de la société civile de saisir cette juridiction en cas de violations de leurs droits. Une décision «préoccupante et dangereuse», estime le chercheur François Patuel qui souligne que c’est «un contre-pouvoir qui est attaqué», alors qu’Amnesty International a dénoncé «un recul pour les droits humains en Côte-d’Ivoire».

Dans ce contexte, reverra-t-on Guillaume Soro en Côte-d’Ivoire ? «Pour gagner cette présidentielle, il est obligé de se rendre en Côte-d’Ivoire. Nous attendons la fin de cette pandémie pour prendre les mesures nécessaires à notre retour», a assuré Moussa Touré sur RFI.

Pour l’instant, l’épidémie concerne un millier de personnes contaminées, avec 14 décès comptabilisés mardi. Mais les chiffres sont en hausse et l’incertitude demeure sur la levée des restrictions sanitaires qui pourraient faire remonter en flèche la fièvre politique au moment de la présidentielle d’octobre.

Source : Libération

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