CAMEROUN : MEETING DE BAFOUSSAM, LA COMMUNICATION EN QUESTION.

Alors que le Cameroun connaît une atmosphère délétère, les élites de la région de l’Ouest Cameroun sous l’égide du Roi des Bamoums Ibrahim Mbombo Njoya ont organisé un meeting controversé et appuyé par une communication peu conventionnelle.

 Une communication gênante.

Ce dimanche 21 juillet 2019, plusieurs journaux camerounais ont publié des unes très affirmatives et concordantes : « L’Ouest tourne définitivement le dos à Kamto », «  l’Ouest isole totalement Kamto et Nganang », l’Ouest réaffirme son soutien à Paul Biya » « l’Ouest désapprouve et se désolidarise »  ou encore « le coup de grâce de l’Ouest à ses démons » etc. L’insistance et la répétition des mots « Ouest » et « Kamto » sautent à l’œil et même pour les plus naïfs et les moins initiés en communication politique, cela sonne comme une directive claire donnée aux directeurs de publications de quelques journaux de la place. Il s’agit de montrer que toute la région sans exception n’est derrière la personne de Kamto. S’agissait-il d’un moment de rassemblement patriotique ou d’un meeting dont l’objectif était de montrer qu’on ne supporte pas Kamto ? Pourtant, les intentions qui ont conduit à l’organisation du « grand meeting » qui a en juger par l’affluence et l’étendue de la région de l’Ouest n’en était pas un, était de (ré) affirmer leur respect pour les institutions républicaines et dénoncer les discours de haine. Seulement, la reprise d’un même titre ou de titres similaires laisse croire que certains hommes de médias pris dans l’étau de la misère ont reçu l’instruction de ne même pas changer la lettre ou la virgule sur les énoncés qui leur ont été donné. C’est d’ailleurs compréhensible, quand on connaît l’état de précarité de la presse camerounaise et les conditions de travail des journalistes. Qui donc refuserait de torde la ligne éditoriale de son journal pour quelques billets qui se font de plus en plus rare au pays.

Une occasion de rassemblement manquée !

Et si les journaux avaient repris pour titre « L’Ouest tourne le dos à la haine » ou encore « l’Ouest tourne le dos aux tribalistes », pour répondre aux difficultés du moment ? N’aurait-on pas perçu là un vrai sens du patriotisme débarrassé de toute coloration et connotation politique et de messages personnels ? Hélas ! En relisant ces écrits de Georges Alain Boyomo, « En quoi est-ce que l’Ouest doit se sentir plus concernée que d’autres régions par les dérives de Genève et la montée vertigineuse du repli identitaire, notamment sur les réseaux sociaux, ou alors par des convulsions postélectorales ? N’est-ce pas un problème national, qui appelle une réponse nationale, laquelle aurait pu se matérialiser par l’organisation d’un meeting multi partisan à Yaoundé ou de meetings concomitamment dans les chefs-lieux de régions, si tant est que cela s’imposât » cela me conforte à l’idée que politiquement, le RDPC en ces temps de crise ne devait pas organiser un meeting politique à caractère tribal. La société camerounaise a plus que jamais besoin d’actions symboliques qui visent à briser toute barrière ethnique, communautaire ou tribale. C’est le temps du discours qui rassemble. Aurait-il été préférable d’organiser un meeting sans étiquette ouvert à toutes les classes ? à tous les citoyens ? La figure rassembleur du Roi ne devait-elle pas mobiliser son peuple ? Etait-il opportun de parler de l’Ouest, de bamilékés au moment où nous avons besoin du pardon et de la réconciliation ?

La nature a t-elle donné un signe de désaccord ?

La pluie qui a perturbé l’ambiance du meeting venait-elle purifier les vieux démons ou venait-elle noyer tous les espoirs ? Difficile de comprendre sans faire un retour dans nos cultures respectives. Dans mon village, lorsqu’il y a une grande manifestation qui en plus réunie des chefs traditionnels, tout est mis en œuvre pour stopper la pluie. D’ailleurs les chefs traditionnels utilisent leurs pouvoirs mystiques pour éviter que la pluie ne vienne perturber la cérémonie. Erreur de calendrier aussi peut-être la météo peut s’avérer capricieuse parfois. Mais venons-en au fait, lorsqu’il pleut la veille, le matin où quelques heures avant le début d’une cérémonie cela est souvent perçu comme une bénédiction. Mais lorsque la pluie se présente au milieu de la cérémonie ou qu’elle devient intempestive elle apparaît comme un élément perturbateur de l’équilibre. La centaine de chefs traditionnels de l’Ouest ont-ils vu cette pluie venir ? Est-ce cela qui explique leur absence massive ? Car numériquement, les Fo’o de l’Ouest se comptent par centaine. Environ 500 chefs traditionnels donc environ 200 chefs supérieurs. Chaque chef se déplace avec deux à trois « tchinda ». Comment comprendre que le meeting de Bafoussam mobilise à peine 500 personnes alors qu’on se serait attendue à une marée humaine ? Les Fo’o de l’Ouest ont-ils boudés le meeting du parti au pouvoir ou ont-ils eu peur de la pluie ou sont-ils apolitiques?

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