AFRIQUE-SANTÉ : Les évacuations sanitaires de nos dirigeants coûtent cher aux États, alors que nos hôpitaux deviennent des mouroirs.

Ce week-end au Cameroun, nous apprenons l’évacuation sanitaire du directeur de l’hôpital général de Yaoundé l’un des centre hospitalier le plus important du pays. À celle-ci viennent s’ajouter des milliers d’autres évacuations régulières des présidents et hauts dirigeants africains depuis des décennies dans les formations sanitaires européenne, américaine ou asiatiques. Pendant qu’ils dépensent des sommes colossales dans des prestigieux hôpitaux, ceux de leurs pays ressemblent à des mouroirs.

L’opinion publique apprend souvent l’évacuation sanitaire du président, d’un ministre ou un haut commis de l’État à travers un communiqué lu à la radio ou la télévision indiquant une évacuation pour ceux des dirigeants qui font preuve de transparence. Pour les plus sobres, la communication sur la santé du présidant étant sensible il parle souvent de « séjour privé ». Le phénomène est identique dans plusieurs pays d’Afrique. Parfois c’est le président qui accorde une évacuation spéciale à une personnalité ou l’un de ses ministres avec une formule devenue culte « sur haute instruction  du chef de l’État ». Les gros moyens sont mobilisés : un avion médicalisé qui coûte 125000 euros la journée, hospitalisation dans un hôpital de premier rang et ‘énormes moyens financiers. À côté des évacuations, il y a ceux qui sont âgés ou retraités souvent à un âge très avancé et délicat en termes de santé, il passe le reste de leur vie en occident ou ils se soignent dans les au compte du trésor public à coût des milliards. Certains finissent malheureusement par trouver la mort. Et ce n’est qu’après la mort que l’opinion apprend également par un communiqué que le président, le ministre, le directeur ou le général est mort à l’étranger après plusieurs mois voir plusieurs années de maladies.

Le cas d’évacuation le plus présent dans nos esprit c’est le long séjour du président gabonais que certains médias annonçaient hospitalisé au Royaume Uni, ensuite en Arabie Saoudite et pour finir une longue convalescence au Maroc. Pour le président camerounais, la formule utilisé c’est « un séjour privé » qui à force de discrétion et de répétition a fini par laissé le doute que chaque fois que Paul Biya se trouve à l’hôtel inter continental de Genève c’est qu’il est entrain de suivre des soins médicaux. Entre 2010 et 2018 plusieurs président africains ont été évacué pour raison de santé. Le malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK) a été opéré d’une                « tumeur bénigne » à l’Hôpital militaire Bégin, à Saint-Mandé (Val-de-Marne), en région parisienne, son homologue ivoirien Alassane Ouattara s’était fait opérer en février 2014 à l’Hôpital américain de Neuilly, le Gabonais Ali Bongo Ondimba a subi une intervention chirurgicale à la même clinique.

Comment comprendre que ces dirigeants refusent de se soigner dans les institutions sanitaires de leur pays pour se soigner à l’étranger. Alors qu’ils sont censés développer une politique de santé efficace ? C’est la preuve irréfutable qu’ils n’ont pas réussi à bâtir sur place un système de santé digne de sa confiance. Ces dirigeants ne facilitent non plus l’acquisition du matériel médical pour renforcer les plateaux techniques de leurs hôpitaux. On se souvient de ces grèves à répétition des malades dans certains centres sanitaires pour absence de kit de dialyse, de médicaments, absence d’appareils comme les scanners etc. Le plus dur c’est le chemin de croix que le malade entreprend lorsqu’il s’agit de rencontrer un médecin spécialiste. Pour les plus chanceux il faut passer une journée entière à l’hôpital assis ou aligné dans un couloir dans des mauvaises conditions sans certitude de trouver la guérison. Ne parlons du manque de lits, de matelas ou de draps. Dans certains hôpitaux, les médecins et infirmiers souvent débordés pour manque de moyens doivent composer avec ce qu’ils ont. Ils sont souvent obligés d’administrer des perfusions aux malades sur des chaises voir à même le sol. N’en parlons plus des moyens d’hygiènes, de l’absence de toilettes propres, des coupures d’eau et d’électricités qui provoquent de nombreuses pannes des machines et autres appareils médicaux. Les pharmacies quant à elles manquent de tout et le malade doit fouiller dans toutes les pharmacies de la ville pour trouver les médicaments prescrits par le médecin. Même dans les cas les plus délicats de cancer, les malades doivent acheter eux même les médicaments de chimiothérapies et les transporter dans des conditions extrêmes et délicates.

Pendant que leurs compatriotes sont condamnés à se rendre dans ces structures de santé devenues des mouroirs, les présidents et hauts dirigeants africains eux prélèvent sans vergogne sur les deniers publics pour venir en Occident recevoir des soins de qualité. Et c’est souvent une affaire de gros sous : la facture d’hospitalisation d’un dirigeant sahélien à l’Hôpital américain de Neuilly a grimpé jusqu’à 300 000 euros, soit le budget de fonctionnement annuel de certains centres hospitaliers en Afrique Sub saharienne. De même, l’aller-retour d’un avion médicalisé pour acheminer à Paris un ministre ouest-africain malade coûte 120 000 euros, l’équivalent d’une vingtaine de bourses d’études en médecine à Dakar. La faute politique et l’injustice expliquent la colère d’une partie de l’opinion africaine lorsqu’elle apprend ces évacuations sanitaires à coûts des milliards au profit des hôpitaux des pays développés alors que les hôpitaux nationaux manquent de tout !

L’une des conséquences de ce phénomène qui perdure c’est la mort de plusieurs présidents et dirigeants à l’étranger. Du Zambien Michael Sata, décédé en 2014 à Londres à l’Ethiopien Melès Zenawi, mort en 2012 à Bruxelles, la liste est longue. Le directeur du cabinet civil de la présidence Martin Bélinga Eboutou du Cameroun, le Bissau-Guinéen Mallam Bacai Sanha et le Zambien Levy Mwanassa morts en 2008 à Paris, le Gabonais Omar Bongo décédé en 2009 et le Togolais Gnassingbe Eyadema décédé 2005. Après de longues années passées au pouvoir ou dans des fonctions de hautes responsabilités pendant 20, 30 voir 40 ans, les dirigeants africains ne parviennent pas à doter leurs pays d’un système de santé fiable ou même d’équiper leurs hôpitaux en moyens techniques performants. Et finalement, le schéma se résume comme suit : Ils font leurs études en Europe ou en Amérique, reviennent diriger ou occuper de hautes fonctions dans leurs pays sans prendre la peine de développer les infrastructures de santé, repartent se soigner et meurent en Europe ou en Amérique pour enfin revenir être inhumés en Afrique après leur mort. Plus d’un demi siècle après les indépendances, les pays d’Afrique sub saharienne dotés d’énormes ressources n’arrivent toujours pas à se développer à cause de la mal gouvernance. Pourquoi les sommes colossales des évacuations ne servent t-elle pas à construire et à équiper les hôpitaux ?

 

 

 

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