AFRIQUE DU SUD : LES INÉGALITÉS SOCIALES À LA SOURCE DU MAL

Le médecin Camerounais Roger Etoa fait son analyse sur les sources de la xénophobie en Afrique du Sud.

J’ai visité plusieurs fois Johannesburg et la banlieue de Soweto et je suis toujours surpris de l’effroyable écart entre les riches de la minorité blanche et les noirs, près de 30 ans après la fin de l’apartheid.

Certains pensent que c’est peut être une vue de l’esprit, mais il faut le voir pour le croire. Une grande partie des noirs des townships comme Soweto vivent dans une glaçante misère. La très grande misère, tel qu’il n’en existe même pas à Zilly mon village. Il n’y a qu’à Soweto qu’on voit qu’un humain à assemblé 6 toles pour y dormir à l’intérieur, sans électricité, sans eau en plein hiver!

Tout est inégalitaire en Afrique du Sud :

L’éducation. C’est en Afrique du Sud qu’on retrouve les écoles les plus chères au monde qui favorise la reproduction sociale de l’élite blanche et de quelques privilégiés noirs qui ont pu forcer la porte. Dans la médecine par exemple, j’ai visité une dizaine d’hôpitaux à Johannesburg et la répartition est toujours là même : Les médecins hyper bien payés sont quasiment tous blancs et les infirmières sous payées sont majoritairement noires.
La santé les meilleures formations sanitaires avec plateaux techniques ultra sophistiqués sont dans les zones blanches, et seuls les programmes sociaux en faveur de la santé sont dans les banlieues noires. On retrouve toutes ces inégalités dans l’économie et le monde du travail.

En Afrique du Sud l’apartheid politique moralement insupportable a laissé place à l’apartheid économique hypocritement acceptable. L’ascenseur social est bloqué pour les noirs. Ils ne reçoivent que des miettes. Les différents gouvernements noirs généralement très corrompus n’ont rien changé à la situation. Ce qui engendre des frustrations à l’origine des comportements xénophobes, dont moi-même j’ai déjà été victime ! Ne tirez, en regardant les images, pas des conclusions hâtives sur le comportement “animalier” (inacceptable) des noirs d’Afrique du Sud. En réalité, il faut les plaindre. Ils sont au bout du rouleau!

On finit par se demander:

  1. A quoi sert la prospérité économique accompagnée de profondes inégalités sociales ?
  2. A quoi sert le développement économique sans la paix sociale?
    3. Le capitalisme sauvage va-t-il finir par plonger l’humanité dans le chaos?

L’Afrique du Sud a parlé au monde hier. L’Afrique du Sud nous parle encore aujourd’hui !Dr Roger Etoa

 

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